Chers amis,


Pendant la première semaine de janvier 2010, je me suis rendu à Paris pour disperser les cendres de Cristin au Cimetière du Père-Lachaise.  Cristin n’était ni parisienne, ni française, ni même européenne, et à l’encontre d’Oscar Wilde ou de Jim Morrison, elle n’est pas morte à Paris, mais elle voulait y être enterrée.


J’ai donc écrit à la Conservatrice du cimetière pour demander la permission d’y disperser ses  cendres, en lui expliquant l’amour que portait Cristin à Paris, notre séjour pour Département d’Etat, ses années passées à Agen, et les faits de guerre de mon père (dont l’avion avait été abattu au-dessus de Saint-Colomban, en France, suivis par deux ans comme prisonnier de guerre dans un camp allemand).  Ma demande fut approuvée et me voilà parti emportant les cendres.


Je suis arrivé le matin, et épuisé, je montais les escaliers du métro en traînant ma valise roulante, boum, boum, boum, me dirigeant vers mon hôtel, lorsque tout d’un coup, ma valise devint plus légère et le vacarme cessa.  Je me retournais et une jeune femme d’une vingtaine d’années avec un enfant avait soulevé le bas de ma valise pour m’aider.  Je l’ai remerciée,  mais je me suis senti très vieux.


L’hôtel se trouvait Rue Chevert, dans le 7ème,  à quelques pas de là où nous habitions et tout près du tombeau de Napoléon.


C’était bien de se retrouver à nouveau dans notre ville.  Je n’ai rien fait de touristique, pas de Louvre ou de Tour Eiffel, mais j’ai beaucoup circulé en allant revoir nos lieux favoris.  J’ai sillonné la ville en métro et ai fait un long voyage en autobus à travers la ville, d’est en ouest, sur la ligne 69.  Une autre de nos lignes préférées allait du nord au sud, mais je ne l’ai pas prise cette fois-ci.  Je me suis acheté une crèpe dans la rue, comme toujours quand je suis à Paris.  J’ai beaucoup marché, et j’ai compris pourquoi nous avions maigri à Paris.


La ville semblait propre et en général prospère.  Les prix étaient élevés et les chiens en abondance, comme prévu.  Mais il y a plus de sans-abri que j’en avais le souvenir, des habitants de boîtes en carton comme à Washington.  Et des petits enfants vont à l’école portant d’énormes sacs à dos, comme ici.


La France a fini par interdire de fumer à l’intérieur des restaurants, et donc les établissements ont des terrasses chauffées pour accommoder les fumeurs.  La plupart des fumeurs sont jeunes.  Comme toujours, les jeunes “cool” sont habillés de noir, et donc je me suis senti très à l’aise avec mon trench Ralph Lauren noir.  Je n’ai aperçu qu’un seul béret en trois jours.  J’ai rencontré un couple d’arnaqueurs, une jeune femme qui avait par hasard trouvé sur le trottoir une bague en or tape-à-l’oeil qui, m’a-t-elle assuré, devait être à moi,  et un Italien qui voulait me donner un manteau en cuir, tout aussi tape-à-l’oeil.  Je leur ai dit fermement, à tous les deux : ce n’est pas mon genre.


Plusieurs de nos endroits préférés sont devenus plus luxueux.  Chaque matin, en route pour l’Ambassade, je m’arrêtais pour prendre un café et un croissant dans un bar modeste où je m’asseyais à côté d’ouvriers qui prenaient un alcool blanc pour commencer la journée.  Maintenant, l’endroit est devenu très chic, banquettes de cuir et nappes, avec beaucoup de serveurs mais plus d’ouvriers.  Je n’y ai pas pris de café.


Davantage de Français parlent anglais maintenant, un bon anglais.  Mais les reçus donnent toujours encore les totaux en francs et aussi en euros.  La première fois que je suis arrivé en France en 1966, les gens plus âgés continuaient à calculer les prix en anciens francs (dévalués),  c’est à dire 100 fois le coût du nouveau franc de 1960.


Je me suis senti complètement à l’aise en me promenant dans cette ville familière, mais une fois, je me suis sérieusement trompé, me dirigeant vers la Tour Eiffel alors que je voulais aller vers Notre-Dame – une erreur difficile à faire si on connaît un tant soit peu Paris. 


Ce qui m’a manqué, c’était de ne pas pouvoir partager mes observations avec Cristin, de ne pas pouvoir comparer nos réflexions sur la façon dont Paris avait changé depuis que nous y avions habité, ce qui était mieux par le passé et ce que nous aimions mieux maintenant.


Les cendres de Cristin furent dispersées dans le Jardin du Souvenir du

Cimetière du Père Lachaise à 10 heures le matin du vendredi 8 janvier 2010.


C’est là qu’elle reposera.  Dans les cimetières parisiens, les caveaux et les niches du colombarium sont très chers, et donc beaucoup de gens les louent pour une certaine période – 10, 20 ou 30 ans.  S’il arrive qu’un descendant préfère ne pas renouveler la location, les restes abandonnés sont enlevés.  Mais les cendres dispersées sont là pour toujours.


Ce voyage m’a rappelé beaucoup de souvenirs heureux de notre vie merveilleuse en France, mais je suis rentré à la maison maintenant et ma vie continue.


Bien affectueusement à tous,


Bill

Cristin est revenu à Paris

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